Cambodge

Plongée dans l’enfer de la période Khmers Rouges

Phnom Penh & l’histoire du Cambodge contemporain

Après ces 4 jours à Siem Reap, nous sommes arrivés à Phnom Penh, la capitale du Cambodge. Quelques 6 heures de bus plus tard, on débarque dans cette ville bruyante, bordélique et surprenante. Notre première journée fut dédiée à la visite du Musée National du Cambodge pour clore le chapitre « Temples d’Angkor » comme il se doit dont on parle ici.

Le lendemain donc, c’est sous un soleil de plomb que nous allons nous immerger aujourd’hui dans l’histoire contemporaine et terrible du Cambodge à travers la période des Khmers Rouges. Une journée en guise de devoir de mémoire pour les Cambodgiens.

Les visites du Musée Tuol Seng, l’ancienne prison et surtout le plus grand centre de torture du pays : S-21 et le camp d’exécution de Choeung Ek sont au programme de notre journée.  

La période Khmers Rouges : point historique

Les Khmers Rouges ont renversé un pouvoir en place corrompu. Le 17 Avril 1975 ils célébraient leur victoire, le soir-même les Khmers Rouges avaient vidé Phnom Penh de ses habitants. Mais les Khmers Rouges ont une ambition bien plus funeste pour leur pays. L’autosuffisance est un de leurs fers de lance notamment. En 3 jours seulement ils vident toutes les villes de leurs habitants, vieillards et infirmes compris, pour les conduire dans les campagnes où ils travailleront pour l’Angkar à savoir l’Etat.

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Les femmes sont séparées des hommes et chacun travaille plus de 12h par jour dans les champs en échange d’une ration de soupe de riz midi et soir. Et c’est tout. De nombreuses personnes meurent de fatigue, de maladie et le pire à venir.

Pol Pot, frère n°1 des Khmers Rouges est un despote fou et totalitaire. Pour lui, seul le peuple de base doit vivre. Le peuple de base ce sont les agriculteurs (en gros). Le peuple nouveau n’est qu’un opposant à l’Angkar, un traite, qui ne mérite que la torture et la mort. Le peuple nouveau ce sont les artistes, les intellectuels, les cadres, ceux qui ont fait des études, ont une situation… Porter des lunettes vous assurer d’être considéré comme un traitre…

De nombreuses prisons haute sécurité seront établies partout dans le pays, ce seront de réels centres de torture. Des centaines de camp d’exécution sont disséminés partout dans le pays, dans la jungle, dans les montagnes. Les langues, les arts, la culture, la religion : tout est bafoué, détruit. Les Cambodgiens ne doivent prêter leur dévotion qu’au Kampuchéa démocratique (c’est ainsi que les Khmers Rouges nommaient le Cambodge).

On estime à 3 millions de Cambodgiens victimes directes du génocide des Khmers Rouges. 3 ans, 8 mois et 20 jours : une période gravée dans la mémoire des Cambodgiens qui survécurent au régime du Kampuchéa démocratique. Toutes les familles du Cambodge ont été de près ou de loin touchées par cette atroce tragédie. Les séquelles physiques, psychologiques et émotionnelles sont ubuesques.

Le 7 Janvier 1979, les Vietnamiens chassèrent les Khmers Rouges. Alors que le reste du monde restait écartelé par les enjeux de la Guerre Froide, la guerre civile se prolongea au Cambodge durant deux décennies.

 

Le Musée Tuol Seng

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Ce musée est l’ancienne prison haute sécurité S-21. Ce site devint rapidement le plus grand centre de détention et de torture du pays. Il aurait fait entre 12 000 et 20 000 victimes. Ancien lycée, les bâtiments ont été investi par les Khmers Rouges en 1975 pour enfermer les traîtres, les torturer, leur faire confesser des aveux sans queue ni tête et les condamner à mort. Parfois ils périssaient au sein même des murs de l’enceinte de S-21, parfois ils étaient emmenés dans un camp d’exécution. En 1977, l’Angkar se targuait de près de 100 victimes par jour au sein de S-21. Cette même année, l’Angkar entama une purge des cadres Khmers Rouges de la zone est du pays et plusieurs cadres furent torturés au sein de S-21. La paranoïa du despote atteignait son paroxysme.

Les équipements du lycée et des outils agricoles notamment ont été détournés pour torturer le peuple. Chaque personne qui arrivait à S-21 était enregistrée, photographiée et des registres méticuleux consignaient sa biographie et, à terme, ses aveux. Le génocide des Khmers Rouges a aussi fait des victimes occidentales.

Un témoignage du frère d’un Américain torturé et tué à S-21 prouve à quel point les aveux étaient tous bidons et la mise à mort injustifiée. Jusque dans ces derniers instants, cet Américain a distillé des informations personnelles et relevant de la culture occidentale dans ces aveux. C’est ainsi que ces amis « collabo » portaient le nom des amis de sa famille, que le numéro de téléphone de la CIA était celui de ses parents aux Etats-Unis, et que le nom de son camarade l’ayant instruit à la rhétorique n’est autre que le nom de sa mère. Jusqu’au plus profond de l’horreur, cet homme a tenu tête à ce régime totalitaire et fou qui n’a jamais relevée la supercherie.

Ce lieu devenu lieu de mémoire témoigne de la quantité de détenus étant passé entre ses murs. De nombreuses photographies à l’arrivée, avant et après les tortures étaient consignées et sont autant d’éléments témoignant de la barbarie de ce régime. Lors de la libération de Phnom Penh par les Vietnamiens, les bourreaux du centre ont tenté de détruire le plus de preuves possibles. Ils ont achevés les 14 personnes torturées. Seules 7 personnes, des gens utiles aux cadres Khmers Rouges, ont été retrouvé vivantes. Peintres, photographe ou mécanicien par exemple, ils pouvaient faire des affiches de propagande pour le régime, prendre les photographies pour les registres ou réparer des machines à écrire par exemple.

Cet établissement était autrefois un lycée, un lieu de vie emplie de rires et d’éducation. Aujourd’hui, malgré les barbelés tout autour de l’enceinte, vestige de l’époque Khmers Rouges, on a du mal à imaginer une telle barbarie. Mais les images, les outils, les cellules et les témoignages nous rappellent que cette époque de barbarie humaine a bien eu lieu. Et quand on croise le regard d’un des survivants en sortant, présent ce jour-là et chaque jour en fait, on se dit que la paix et l’amour devraient porter ce monde.

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Le camp d’exécution de Choeung Ek 

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Entre 1975 et 1978, quelques 17 000 personnes, hommes, femmes, enfants, bébés, torturés à S-21 furent transportés au camp d’exécution de Choeung Ek (appelés aussi Champs de la mort ou Killing Fields en anglais) où ils furent assassinés et jetés dans des fosses communes.
129 charniers sont présents sur ce funeste champ. 43 ont été laissés intacts. Les restes de 8 985 personnes furent exhumés en 1980. Pour la plupart ils étaient les yeux bandés et les mains ligotées.

Ils étaient débarqués en camion, la nuit, yeux bandés et mains ligotées. À leur arrivée, ils étaient parqués dans un hangar clos, sans fenêtre. Un par un, ils étaient emmenés vers leur lieu d’exécution. Un groupe électrogène tournait pour lancer des chants révolutionnaires et ainsi couvrir le bruit des détenus souffrant lors de la mise à mort. Pour ne pas attirer l’attention et par souci d’économie, les exécutions se faisaient à l’aide d’outils agricoles. Des pesticides étaient ensuite dispersés sur les corps pour masquer l’odeur de puanteur des corps en décomposition, pour achever la mort de certains et surtout pour ne pas attirer l’attention des travailleurs forcés environnants.

Le témoignage glaçant d’un ancien gardien de Choeung Ek permet de comprendre les atrocités commises dans ce lieu aujourd’hui ensoleillé.

Tout au long de la visite, les commentaires permettent de comprendre ce qu’il s’est passé. Les témoignages de rescapés poussent aux larmes. Les lambeaux de vêtements, os, dents qui remontent au fur et à mesure des années sont autant d’éléments qui nous poussent dans nos retranchements.
Une stupa du souvenir, monument de mémoire, a été érigé et contient plus de 8000 crânes.
Le recueillement est à observer évidemment.

Stupa du souvenir - camp d’exécution de Choeung Ek

Cette journée fut intense tant d’un point de vue émotionnel qu’historique et était une étape indispensable dans notre voyage. C’est en se confrontant à l’histoire parfois tragique d’un pays qu’on le comprend. Le Cambodge fut pendant 3 ans, 8 mois et 20 jours coupé du monde et les Khmers Rouges ont perpétré un génocide d’une ampleur terrifiante.

 

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez en apprendre davantage sur le régime des Khmers Rouges, plusieurs films et documentaires ont été réalisés notamment par le réalisateur franco-cambodgien Rithy Panh, rescapé des camps de travail des Khmers Rouges. Nous vous conseillons notamment « S-21, la machine de mort khmère rouge » de Rithy Panh, une bouleversante confrontation entre trois rescapés de Tuol Sleng et leurs anciens gardes.

Et « Duch, le maître des forges » dans lequel Rithy Panh laisse la parole à l’ancien directeur du S-21 et à plusieurs prisonniers. Un témoignage terrifiant.